La chirurgie de la cataracte « sans gouttes » pourrait considérablement alléger la charge pour les soins de santé belges et les patients
13 août 2026Le passage à la chirurgie de la cataracte « sans gouttes » pourrait permettre aux soins de santé belges et aux patients d’économiser plus de 2 millions d’euros par an. C’est ce qui ressort d’une nouvelle étude menée par des ophtalmologues de l’UZ Brussel et de l’UZ Leuven. L’administration des médicaments directement pendant l’intervention évite aux patients de devoir instiller des gouttes oculaires à domicile pendant plusieurs semaines. Cette approche présente non seulement un avantage financier, mais apporte également une réponse concrète à la pénurie aiguë de personnel dans les soins infirmiers à domicile.
La chirurgie de la cataracte est l’une des interventions médicales les plus pratiquées en Belgique, avec plus de 176 000 opérations réalisées en 2024. Le traitement postopératoire traditionnel impose aux patients d’instiller plusieurs types de gouttes oculaires – antibiotiques, corticoïdes et anti-inflammatoires – quatre fois par jour pendant une période pouvant aller jusqu’à quatre semaines.
Le coût caché des gouttes oculaires
Dans la pratique, l’instillation correcte des gouttes représente un véritable défi pour de nombreux patients, en particulier les personnes âgées ou celles qui ont besoin d’aide. Des études antérieures montrent que l’observance du traitement avoisine les 50 % et que plus de 92 % des patients qui n’ont pas l’habitude d’utiliser des gouttes oculaires les administrent de manière incorrecte.
Pour pallier ces difficultés, il est fréquent en Belgique de faire appel aux soins infirmiers à domicile, ce qui entraîne des coûts considérables. Entre 2015 et 2024, la Belgique a consacré en moyenne près de 1,3 million d’euros par an aux soins infirmiers à domicile liés à l’administration postopératoire de gouttes oculaires. Pour un seul œil, le coût total de ces soins postopératoires, médicaments et soins infirmiers compris, peut rapidement atteindre 717 euros pour la société.
Plus de 2 millions d’euros d’économies par an
Avec la méthode innovante « sans gouttes », l’ophtalmologue administre les médicaments directement dans l’œil pendant l’intervention, notamment sous la forme d’une injection de corticoïdes à visée anti-inflammatoire. Cette chirurgie de la cataracte « sans gouttes » convient uniquement aux patients qui ne présentent aucune autre affection oculaire que la cataracte.
« Si nous passons à une procédure sans gouttes, les coûts supplémentaires spécifiques liés au matériel ne s’élèvent plus qu’à 10,29 euros par œil », explique la Dre Karolien Termote, première autrice de l’étude et chercheuse. « L’économie totale potentielle pour les soins de santé belges dépasse ainsi les 2 millions d’euros par an. »
Les patients en ressentent eux aussi directement les effets sur leur budget. Pour une personne qui dépend des soins infirmiers à domicile pour l’instillation des gouttes, le ticket modérateur et les frais à charge du patient diminuent considérablement. Le coût total restant à sa charge passe de 176,93 euros à seulement 1,62 euro, soit une économie directe de 175,31 euros par œil.
Des soins plus efficaces et moins de gaspillage
Au-delà des chiffres, cette méthode présente également d’importants avantages pour la société. La pression sur le secteur des soins de santé diminue, puisque le personnel hospitalier consacre moins de temps aux explications et au suivi administratif des schémas d’instillation.
La capacité ainsi libérée au niveau des soins infirmiers à domicile peut en outre être directement mobilisée là où les besoins en personnel sont les plus importants. Enfin, la suppression des flacons en plastique utilisés pour les gouttes oculaires permet de réduire considérablement l’empreinte écologique ainsi que la quantité de déchets médicaux.
Les chercheurs soulignent toutefois qu’avant d’envisager une transition complète à l’échelle nationale, des étapes supplémentaires seront nécessaires afin de surveiller attentivement les effets cliniques à long terme.
« L’adoption de cette approche pourrait considérablement améliorer le rapport coût-efficacité de nos soins de santé, leur durabilité ainsi que la satisfaction des patients », concluent les auteurs. « À condition, bien entendu, que cette méthode offre dans la pratique des résultats au moins équivalents à ceux de nos standards actuels et que la qualité élevée des soins ophtalmologiques en Belgique reste garantie à tout moment. »
Référence
Termote, Karolien; Delbeke, Heleen; Ni Dhubhghaill, Sorcha 'Costs associated with in-home postoperative eyedrop nursing care in Belgium: implications for a switch to dropless cataract surgery' Journal of Cataract & Refractive Surgery 52(6):p 625-626, June 2026. | DOI: 10.1097/j.jcrs.0000000000001866.