Des neuropédiatres tirent la sonnette d’alarme : le changement climatique touche particulièrement les enfants atteints d’affections neurologiques
24 juin 2026
Les enfants sont particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique. C’est encore plus vrai pour ceux qui présentent une affection neurologique ou un trouble du développement, comme l’épilepsie, la migraine, des troubles du développement ou des besoins complexes en soins chroniques. Les vagues de chaleur, la pollution de l’air, les phénomènes météorologiques extrêmes ainsi que les interruptions des soins ou de l’approvisionnement en médicaments peuvent avoir des conséquences graves plus rapidement chez ces enfants, explique la Pr Dr Tessa Wassenberg, chercheuse à la VUB et à l’UZ Brussel et neuropédiatre. Avec des collègues internationaux, elle a publié l’article scientifique Climate change and pediatric neurology: A call to action dans l’European Journal of Paediatric Neurology.
« Les enfants sont exposés à des risques spécifiques liés au changement climatique », explique la Pr Dr Tessa Wassenberg, membre du conseil d’administration de l’European Paediatric Neurology Society (EPNS) depuis janvier 2026, où elle coordonne le volet Climate Change and Sustainability. « Leur organisme régule par exemple moins bien la température et ils se déshydratent plus facilement. Pour les enfants atteints d’affections neurologiques, les risques sont encore plus spécifiques, car ils dépendent souvent de médicaments ou de technologies médicales, et ont besoin d’un suivi spécialisé régulier. La chaleur peut ainsi déclencher ou aggraver des crises dans certaines formes d’épilepsie. La pollution de l’air et les températures extrêmes sont également associées à une augmentation des migraines et des troubles du comportement, ainsi qu’à de possibles effets sur le développement du cerveau. »
Des conséquences sur toute une vie
Les auteurs expliquent que le changement climatique influence la santé par des risques directs et indirects.
Les risques directs sont liés à la hausse des températures et à la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes, comme les vagues de chaleur, les inondations, les sécheresses, les feux de forêt et les tempêtes. Ils peuvent entraîner des blessures, des infections, des problèmes de santé mentale, un accès limité aux soins et des ruptures d’approvisionnement en médicaments ou en dispositifs médicaux.
Les effets indirects sont tout aussi importants. Le changement climatique augmente l’exposition à la pollution de l’air et de l’eau, aux toxines, aux allergènes et aux maladies infectieuses. Il accroît aussi les risques d’insécurité alimentaire, de dégradation de l’environnement, de migration, de conflits et de troubles du sommeil.
Parce qu’ils ont encore toute leur vie devant eux, les enfants seront davantage exposés, de manière cumulative, aux extrêmes climatiques que les adultes d’aujourd’hui. L’impact potentiel dépasse donc les problèmes de santé aigus : il peut aussi influencer leur développement, leur parcours scolaire, l’équilibre familial et leur santé mentale.
Les auteurs soulignent également que ces conséquences ne touchent pas tout le monde de la même manière. Les enfants vivant dans des régions vulnérables et les familles disposant de moins de ressources sont souvent les plus durement touchés, alors que ces régions sont généralement celles qui ont le moins contribué aux émissions de gaz à effet de serre.
Le secteur des soins doit aussi réduire son impact climatique
L’article met en avant un paradoxe important : les soins de santé protègent la santé, mais contribuent eux-mêmes de manière significative aux émissions mondiales de CO₂. Les auteurs plaident donc pour une double approche : rendre les systèmes de soins plus durables, tout en les préparant mieux aux chocs climatiques.
Cela passe notamment par une organisation plus durable des hôpitaux, une réduction du gaspillage, une utilisation plus réfléchie de l’énergie, des matériaux et de la logistique, ainsi que par la mise en place de « green teams » au sein des hôpitaux.
Vers des soins prêts à faire face aux chocs climatiques
Il faut aussi développer des soins capables de continuer à fonctionner de manière sûre et continue lors de phénomènes météorologiques extrêmes, de vagues de chaleur ou de perturbations dans l’approvisionnement en médicaments et en matériel.
« Les enfants atteints d’affections neurologiques chroniques dépendent souvent de soins continus, de médicaments et d’un suivi spécialisé », souligne la Pr Dr Wassenberg. « Nous devons donc réfléchir non seulement à la durabilité, mais aussi à la résilience : comment garantir que ces enfants continuent à recevoir les soins dont ils ont besoin, même lorsque des événements climatiques mettent le système de soins sous pression ? »
Un appel international d’experts
L’article a été rédigé par un groupe international d’expertes et d’experts en neuropédiatrie, affiliés au Young EPNS Climate Change & Sustainability Working Group et au conseil d’administration de l’EPNS, en collaboration avec un climatologue.
Les auteurs rappellent qu’il reste encore d’importantes zones d’ombre. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre l’impact du changement climatique sur le cerveau en développement et sur les enfants atteints d’affections neurologiques. Le lien entre climat et santé devrait aussi occuper une place plus importante dans la formation des médecins et des professionnels de la santé.
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